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histoire de l'art

Jeudi 1 septembre 2005

  Petit historique du genre du portrait jusqu'au XIXe siècle

 L'art funéraire égyptien comporte d'importants ensembles de figures individualisées, qu'il s'agisse du défunt lui-même ou des personnages qui l'accompagnent dans les scènes diverses qui sont représentées. Le portrait, dans cette conception religieuse de l'art, a pour fonction de fixer l'image du disparu pour lui permettre de continuer à vivre dans l'au-delà. La civilisation romaine, si elle continue d'illustrer ce lien entre la mort et le portrait (présent sur les sarcophages et les cénotaphes), introduit aussi l'usage plus banal que nous en connaissons : les bustes sculptés sont présents dans les demeures privées et tiennent aussi une place dans la vie politique, assurant la postérité des principaux hommes publics.

 

AACHEN

   Couple plaisantant   

 Durant le Moyen Age chrétien, le statut du portrait pose à nouveau des problèmes de rapport au sacré. Influencé par les religions iconoclastes orientales, ou plus simplement sensibles à la croyance superstitieuse qui fait de l'image un support à des pratiques magiques, donc potentiellement maléfiques, les princes et les hommes d'église considèrent avec méfiance le portrait, qui peut aller jusqu'à faire l'objet d'un "tabou". Comme pour conjurer les dangers potentiels, l'effigie de l'homme vivant réapparaît dans l'art par le biais des représentations religieuses. Les papes introduisent leur propre représentation à côté de celles des saints qui accompagnent le Christ ou la Vierge dans les décors de mosaïque du Haut Moyen Age (comme Félix IV, qui vécut au VIe siècle, à l'église Saint-Cosme-et-Saint-Damien de Rome). Puis, des laïcs-même apparaissent sur les fresques ou les retables par le truchement de leur fonction de donateurs : finançant une oeuvre d'art réalisée pour la gloire de Dieu, leur bienfait les protège de tout maléfice.

MESSINA

                  Vierge de l'annonciation

 Il faut attendre le XIVe siècle, en France, pour que le portrait se libère de tout contexte sacré. L'oeuvre que l'on considère comme le premier portrait individuel à part entière est celui de Jean le Bon, qui fut roi de France de 1350 à 1364. L'oeuvre, un petit panneau de bois conservé au musée du Louvre, représente la tête du roi de profil, sur un fond neutre, sans aucun attribut ni accessoire.

 

 

 

 

 

 

                     Vierge de l'annonciation  

 Le portrait connaît au XVe siècle un véritable essor. Flamands, Vénitiens, Florentins du Quattrocento infléchissent le genre chacun selon sa sensibilité : portraits intimes de personnages saisis dans leur cadre quotidien comme les époux Arnolfini de Van Eyck (1434) ou portraits en pied de nobles cavaliers représentés dans toute leur gloire sur des fonds de paysages toscans.
Le portrait de cour se développe aux XVIe et XVIIe siècles ; de plus en plus nombreux sont les commanditaires, courtisans mais aussi personnages désireux de reconnaissance sociale, issus de la noblesse de robe et de la grande bourgeoisie, qui constituent la clientèle de peintres qui se spécialisent dans ce genre. Contre l'abâtardissement qui le menace, une nouvelle catégorie apparaît : celle du portrait allégorique ou mythologique, qui élève le modèle jusqu'aux plus hautes sphères de la peinture d'histoire. C'est à cette époque et dans ce contexte qu'est définie par le théoricien de l'art Félibien la hiérarchie des genres (1667), qui renvoie le portrait après les représentations de sujets issus de la Bible ou de l'histoire ancienne (peinture d'histoire), ainsi qu'après celles de sujets de la vie quotidienne (scène de genre).

 

 ARCIMBOLDO

     Le printemps  

 

  Des catégories différentes du genre du portrait se codifient donc peu à peu, le rigide portrait d'apparat n'ayant que peu à voir avec les formules beaucoup plus libres qui s'épanouissent avec l'avènement du portrait psychologique au XVIIIe siècle. Ainsi l'ensemble des accessoires se trouve négligé au profit d'un rendu rapide ou fouillé, désinvolte ou patient, de la tête seule du modèle, dans une technique qui bien souvent rompt avec l'esthétique du "bien fini". C'est un prélude au portrait romantique, qui quête chez son modèle le sentiment intime, la personnalité vraie, le moi caché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BACICCIO

 

                            Portrait de Lorenzo Bernini  

 

  Pendant la période couverte par les collections du musée d'Orsay, c'est-à-dire la deuxième moitié du XIXe siècle, alors que la photographie est une technique et un art naissant, le genre du portrait est particulièrement florissant dans la peinture et dans la sculpture. La bourgeoisie, à la fois acteur et bénéficiaire de la révolution industrielle, accède au pouvoir d'achat qui lui permet de devenir commanditaire. A défaut d'une galerie de portraits d'ancêtres dans un château, les habitants des appartements haussmanniens ou des hôtels de villes de province décorent leurs pièces de réception du portrait de leur épouse, de leur famille ; ils réservent leur buste en marbre ou en pierre à un jardin d'hiver ou à un vestibule. S'ils ne peuvent se référer à une lignée prestigieuse du passé, ils ont au moins ainsi le sentiment de laisser à la postérité l'image de leur réussite. Plus tard, l'album des photos commémorant les moments essentiels de la vie familiale - mariage, baptêmes... - remplira un rôle similaire, entraînant moins de frais et moins d'encombrement. C'est alors que les ateliers de portraits, véritable industrie qui ne limite pas son développement aux grandes villes, se multiplient, répondant au besoin de la production en série d'effigies d'une classe sociale beaucoup plus large que la bourgeoisie et gagnant des milieux plus populaires.

 

 BACKER

 

 

 

 

 

 

                                         L' écoute 

 

  Le régime républicain, accroissant le nombre des acteurs de la vie politique, multiplie aussi ses figures tutélaires : le culte du "grand homme" se fonde et s'illustre par des portraits peints, et surtout sculptés, qui envahissent l'espace public, en particulier l'environnement urbain. Les commandes de la Troisième République sont honorées par les artistes de style éclectique, puis naturaliste qui forment le courant majeur de l'art officiel. En regard, on pourrait croire que les impressionnistes apparaissent comme peu concernés par le genre du portrait : l'abandon du dessin, le rejet de la primauté de la forme pourraient empêcher l'individu identifié et reconnaissable de trouver sa place. Certes, les impressionnistes sont plus souvent paysagistes que portraitistes ; néanmoins, pour des raisons diverses, ils apportent tous leur contribution à l'évolution du genre - qui sera profondément marqué par Degas, Cézanne, Van Gogh et Gauguin, artistes pour lesquels l'impressionnisme n'est qu'une étape de recherche esthétique qui mène à des chemins novateurs individuels.

BALDOVINETTI

 

   Portrait de la dame en jaune    

à suivre...

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par debailly
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